Livia Alessandrini

Livia Alessandrini

Livia Alessandrini
(1945- )
Nationalité: it Italie


*

BIOGRAPHIE

1945 naissance à Berne (Suisse)
1946-49 Beyrouth (Liban)
1949-54 Athènes (Grèce)
1954-57 Paris (France)
1958 Rome (Italie)
1959-67 Paris (France)
1963-64 Madrid (Espagne)
1967-68 Montreux (Suisse) et Verone (Italie)
1969-2001 Rome (Italie)
dès 2002 Villeneuve (Suisse)

*
Livia Alessandrini naît à Berne en Suisse en 1945. Fille et petite fille de diplomates, d'origine italienne par son père, anglo-espagnole par sa mère, allemande et française par ses ancêtres, elle grandit dans une famille multiculturelle.

L'artiste passe son adolescence à Paris, ce qui constitue une base importante pour toute sa formation. Elle prend des cours de dessin au Lycée Italien à Paris avec le Professeur Tullio Crali, peintre futuriste italien, suit des études d' Interprétariat à la Sorbonne, puis d' Histoire de l' Art à l’Ecole du Louvre. Autodidacte en peinture qu’elle exerce depuis 1964, au début influencée par sa passion pour les oeuvres de Carzou, Vieira da Silva, Buffet, Gandner, et Giacometti, elle suit de près et avec grand intérêt les galeries d’art, les musées et surtout les ateliers des peintres qu’elle connaît. Théâtre, lecture, musique et danse sont les meilleures inspirations, sans oublier son amour pour la nature.

Le fait de vivre dans différents pays lui permet de développer une attention particulière envers ce qu’elle appelle « le musée de l’âme », où elle conserve émotions, mélancolies, lectures, parfums, mémoires et images qui viennent souvent se placer dans ses créations. Les cariatides se croisent avec le toro andaluz, les gris et la poésie des façades et des rues parisiennes se mêlent au murmure sourd du « duende », le ciel de Rome enveloppe livres et labyrinthes, alors qu’un « sense of humour » britannique clignote dans les jeux inter-textuels de son obsession préférée : « Egg-oh !-mania », série d’œuvres toutes centrées sur l’œuf et son symbolisme. Livia Alessandrini n’aime pas les couleurs, elle préfère les gris, les noirs, les terres, mais il lui arrive de se laisser aller aux rouges et aux jaunes uniquement quand « el duende » vient la réveiller ! Sa peinture n’est pas légère comme l’exige notre électronique « présent virtuel » , mais, comme elle-même le dit : « plus ma peinture est matériellement à l’opposé de la légèreté et donc lourde à travailler, tel que peindre sur un mur brut, plus elle répond à ma quête : placer l’ Absolu en tant que granit et terre dans la liquidité que nous sommes, pour ne jamais en perdre le concept ». D’où la représentation de symboles hiératiques et lointains, immobiles dans leur forme, éternels dans leur message, peints et racontés dans la recherche du respect de la beauté et de la vérité, dans une épaisseur raclée au tact, sans jamais glisser dans le figuratif facile.

Livia Alessandrini a dessiné et collaboré pendant trois ans dans l’ancien Atelier de Vitraux d’Art GIULIANI à Rome. Elle compte plus de cinquante expositions personnelles et collectives. Sa peinture...


Articles:

Un monde flottant - de JEAN-PAUL VIALARD - (FR) juillet 2017


Nul ne pouvait plus voir.

Le problème, car il y avait problème, c’est que nul ne pouvait plus voir cette scène de désolation. Sauf Voyante à la proue de son vaisseau de pierres, Sirène hautement tendue vers le ciel de l’improbable. Mais, d’abord, il faut parler de ceux qui sont absents, les Distraits, les Errants, tous les pauvres hères qui, tout au long de leur existence avaient fourbi les armes de leur étonnante destruction. C’est ainsi, les Vivants sont toujours en quête de leur propre mort comme s’ils voulaient hâter leur finitude et savourer les délices du Néant à même leur lourde inconséquence.

Leur inextinguible curiosité.

Ce qu’avait été leur cheminement sur Terre, voici : dès la pointe du jour alors que les herbes bleues s’éveillaient à la beauté du monde, que les biches buvaient l’eau limpide des sources, que l’épaule des collines frissonnait sous le premier vent, ils n’avaient de cesse de se répandre sur l’ensemble des territoires qui s’offraient à leur inextinguible curiosité. On les retrouvait partout. Tout au fond des vallées en longues caravanes pressées. Dans les nasses des villes, agglutinés tels des essaims de guêpes. Sur les plages de sable doré, corps mitraillés de soleil, vitre noires des lunettes pareilles à d’étincelants névés. Aux terrasses des cafés derrière des verres oblongs où dansait un soleil anisé. Dans les galeries marchandes et les Grands Magasins, à la queue-leu-leu, accrochés aux tapis roulants, telle une immense chenille processionnaire qui n’aurait même pas été consciente du nombre infini de ses pattes.

Les éclats du paraître.

« Inconscience », le grand mot était lâché, le sésame qui ouvrait à la compréhension de la condition humaine en son aveugle procession. Car vaquer à ses occupations, flâner le long des vitrines, être un chaland assidu à suivre le flot mouvant d’une rue, à se faufiler dans la foule dense des agoras, à mettre ses pas dans celui qui vous précède pour aller ici et là où se trouvent les éclats du paraître, ceci n’a rien en soi de répréhensible, à une condition, toutefois, que la conscience soit le moteur lucide des événements, non un simple accident parmi le flot agité d’une multitude.

L’ébruitement léger d’une fontaine.

Quelques esprits avisés avaient, à maintes reprises, tiré la sonnette d’alarme, montré le danger du moutonnement obséquieux, de la déraison singulière laquelle consistait à perdre sa singularité au milieu des confluences mondaines. Mais il y avait pire que cette simple divagation désordonnée. Oui, bien pire, toutes ces allés et venues les Humains les avaient accomplies en dehors du bon sens, semant ici une carcasse automobile rouillée, bâtissant là un viaduc enjambant l’écoulement du réel, abattant arbres et décimant terres pour y édifier les temples de la gloire consumériste. Sur Terre il ne demeurait plus un seul pouce carré qu’une herbe pouvait s’approprier, plus le moindre lieu capable d’accueillir l’ébruitement léger d’une fontaine.

Partout le monde se fissurait.

Cela a commencé une nuit dans le lourd sommeil des hommes. Comme un bruit d’orage, un roulement continu, le fracas d’un torrent sur l’étrave du rocher. De longues déflagrations qui faisaient leurs coups de gong jusqu’au centre bouillonnant de la lave. Parfois des hululements, des feulements pareils au supplice d’animaux entourés de feu dans les herbes jaunes de la savane. Dans les hautes maisons de ciment gris, dans les coursives des couloirs, dans les caves feutrées, le long du zinc gris des mansardes, sur les spires moquettées de rouge des escaliers, partout le monde se fissurait. Longues lézardes imprimant leur furie dans la matière torturée.

Une invisible Conscience.

C’était comme si une invisible Conscience s’était levée quelque part à l’horizon des hommes pour les ramener à la raison. Mais d’abord, il fallait le coup de semonce, la vigoureuse houle qui emportait avec elle la vanité, garrotait l’égoïsme, scindait la fierté, ligaturait la démesure, la folie expansive de ce peuple qui semblait privé de boussole et de sextant, livré aux gémonies d’une marche de guingois dans les ornières étroites d’une incompréhension généralisée. Oui, car errer de la sorte ne pouvait conduire qu’à l’éclatement, à l’éviscération, à la diaspora, membres épars sur l’ensemble de la termitière qui gisaient, maintenant, parmi les gravats et les éboulis de toutes sortes.

Ramure en plein ciel.

Mais ce paysage de désolation, ces scories de l’Ancien Monde, ces pierres richement sculptées en train de rendre un dernier soupir, ces portiques démantelés, ces échelles suspendues dans le vide, ces réseaux de fenêtres vides, cette ramure d’arbre en plein ciel, telle une plainte, ce clocher médusé tendant son cône esseulé en direction d’un dieu invisible, cette conflagration du réel, tout ceci était certes tragique, moins cependant que la mesure anthropologique décimée à l’aune d’une vision inadéquate de ce qui, pourtant, s’annonçait comme refuge et abri, possibilité de progrès et de ressourcement. On ne scie jamais mieux la branche sur laquelle on est posé qu’à la mesure du confort qu’elle nous offre, du luxe dont elle pare notre assise. Mais cette constatation n’arrive qu’à l’issue de la crise. Il est rare qu’elle la précède.

L’exténuation des choses.

Le jour vient de se lever. Le premier jour après le Déluge. Voyante est tendue à la proue de son navire hauturier. Les vagues sont de pierre. Le ciel de cendres. Le lointain de boue et d’argile. Autrement dit un genre « d’extase matérielle » qui cherche la voie de sa prochaine profération, le chemin d’un langage qui devienne compréhensible. Surgir de l’exténuation des choses, prodiguer une ouverture, entailler la densité de ce qui est afin qu’une voie soit possible qui dise l’incomparable présence de l’être.

Le lieu de leur vérité.

Loin, très loin, un triangle de pierre, une étrange météorite qui brille de ses facettes de mercure, de ses aplats de nickel, de ses arêtes de chrome. Un monde immensément métallique troué de cratères où se laisse entendre la voix du mérite des hommes car, ici, sur le rocher échoué en plein ciel qui vient de les accueillir, les Invisibles, les Silencieux ont gagné le domaine de leur exacte parution, soit le lieu de leur vérité.

Sublime poésie blanche.

Ils habitent mers et océans. Mer des Nuées, des Pluies. Ils n’ont cure d’eux-mêmes, seulement du temps qui passe en fin brouillard, en minces nébulosités. Mer de la fécondité. Féconds en leur esprit qui se suffit du luxe de penser. Océan de la Tranquillité. Nulle agitation, seule la palme d’une méditation, l’efflorescence d’une contemplation et la moindre fleur aperçue, la moindre corolle en son épanouissement sont des sources inépuisables de beauté. Mer de la Sérénité. Ils sont au centre de l’écume radieuse du lotus, ils en sont le dépliement, la sublime poésie blanche qui chasse la démesure de l’ombre. Sont enfin parvenus à la pointe avancée de leur être et leur regard s’ouvre immensément sur l’infini spectacle des phénomènes.

Ecouter son chant intérieur.

Existent-ils vraiment ? Ou bien est-ce simplement le peuple de notre imaginaire projeté sur l’écran du cosmos ? Est-ce la vertu du regard de Voyante qui les a fait s’accomplir là dans la dérive de la galaxie cependant que la Terre dort dans son linceul de pierres, dans son tumulus de gravats ? Est-ce … ? Mais rien n’épuiserait la question car le mystère de l’être est trop grand qui interroge celui du monde. Alors il faut demeurer en soi et écouter son propre chant intérieur comme le premier venu, celui qui nous guide dans cet univers flottant dont nous supputons l’existence mais que nous ne pouvons déduire de rien d’autre que de notre propre sentiment d’exister. Mais écoutons la belle parole de l’ukiyo-e nous dire en mode subtil ce qui nous hante à la manière d’un ineffable visage du temps, d’une impermanence qui, tantôt nous trouve ici sur Terre, tantôt là-bas sur ce Monde inouï qui nous questionne de son étrange présence :

« Vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
et de la feuille d'érable... ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo ».

***

Vivre, est-ce simplement cela, dériver au fil de l’eau dans l’attention à soi, à la fleur, à la feuille, devenir calebasse que le courant emporte pour une étrange planète. Est-ce cela ?

JEAN-PAUL VIALARD
juillet 2017


En route vers Babel - de JEAN-PAUL VIALARD, (FR) février2018


« Premier pas »
Série « Archéologies de l'âme »
Livia Alessandrini




Le 15 Février 2018



Solveig,

Vois-tu c’est mon cycle artistique. Depuis plusieurs jours, déjà, je t’abreuve d’œuvres plus belles les unes que les autres. Avoir des amis et amies artistes est un pur bonheur qu’il convient de faire partager aux autres. Je te sais si ouverte aux choses de la culture que je n’hésite nullement à te communiquer les objets de ma passion. Aujourd’hui, en ce jour qui n’en finit pas de naître, qui mourra bientôt de n’être visité de lumière, quoi de plus heureux que de deviser sur cette toile chargée de sens ? Oui, polyphonique pour employer le lexique musical. Chant à plusieurs voix où chacune d’entre elles féconde l’autre, l’amplifie, la porte à son accomplissement. D’emblée, c’est une plénitude qui s’installe en nous et nous requiert du fond même de notre être. Comment être à sa hauteur, comment en saisir la subtile chair, en apercevoir toutes les esquisses signifiantes ? Sais-tu, Sol, parfois, à la fois mon désarroi et mon profond contentement dès que confronté à une œuvre questionnante, j’en sens les remous jusque sous la toile de la peau. Des frissons m’électrisent, des courants sinuent quelque part, peut-être dans les lacs de sang, les larmes de lymphe et ce tourneboulis intérieur est bien plus qu’un état d’âme, une véritable conversion à ce qui veut bien se montrer sous l’épaisseur, l’opacité des phénomènes. Je suis en quête de transparence, assoiffé de connaître la vibration d’un quartz, d’en ressentir l’étoilement dans l’aire grise de la tête. Je ne sais si tu as éprouvé cette même sensation. Ce que je peux simplement t’indiquer : un continuel vertige, mais, aussitôt, un rapprochement des bords du néant comme si, dans une immédiate instance, sa dimension d’inquiétude se dissolvait à même cette bien étrange expérience.
Mais peut-être cet état est-il si singulier qu’il me place, d’emblée, en terre étrangère, laissant mes coreligionnaires bien désemparés face à cet événement. Maintenant il est temps d’aborder cette toile dont je t’ai fait parvenir une photographie. Je la dis triplement douée de sens : esthétique, symbolique, ontologique. Sans doute abusé-je de tous ces termes « savants » mais ils sont précieux quant à la compréhension de ce qui vient nous visiter.
Esthétique en raison de cette belle complémentarité du gris et du rouge hésitant entre le brique, le bordeaux, le grenat. Une couleur si éteinte, si nocturne qu’elle abaisse le ciel, en fait une chape venant se poser sur l’édifice. Ce dernier en tire une belle émergence, une présence affirmée, un soudain rayonnement. Tu ne pourrais t’imaginer à quel point ce feu maîtrisé, comme sous la cendre, correspond à ce qui doit être mon intériorité : un sang alangui, une aurore encore adoubée à l’ombre, la pulpe secrète d’une grenade sommeillant sous son dais de peau . Et ce gris, cette teinte messagère, cette faveur médiatrice posée entre la clarté solaire et le retrait lunaire. Cette couleur de galet énonçant le destin simple du monde, une venue à la présence dans la modestie. Pourrait-il y avoir plus belle onction du jour, plus souple satin en direction de ce qui repose, se recueille et attend le moment de sa profération ? Non, Sol, le gris est indépassable : il est ce granit au fond des yeux d’amour, cette pierre ponce si légère, cette lave refroidie gonflée de bulles, traversée d’un ancien feu dont, jamais, la mémoire ne se perd. Valeur minérale minimale s’il en est et, grâce à ceci, porteuse de silence, cette condition de toute parole. Ce tableau parle avec une éloquence mesurée, celle qui sied, précisément, à la dite des confidences. Tout revient à tout dans un seul et même geste d’une brosse élégante, subtile, empreinte d’une nostalgie mais aussi d’une concentration. Il ne faut nullement différer de soi, perdre son objet de vue, se fondre dans l’illisible conciliabule du monde. Une focalisation, une convergence, une disposition à ce qui se donne comme essentiel.
Sans doute mon discours te paraîtra-t-il abstrait, mais il faut ce retour au premier, à l’origine en quelque sorte, à la source à partir de laquelle tout s’éclaire : aussi bien les choses, aussi bien l’homme dans son destin de parlant-méditant-écrivant. Autrement dit l’homme-langage, cette si belle unité, cette quintessence qui ne devrait requérir nulle explication. Et pourtant, combien de nos semblables demeurent sourds à cette évidence d’une essence plénière hors laquelle rien de possible pour nous ne saurait se produire. Tu le sais, nous sommes langage, rien que langage, certes avec quelques fioritures tout autour, mais ce ne sont que de simples artefacts, des mouvements illusoires, des surgissements en trompe-l’œil.
Toute chose de l’existence vient du langage, retourne au langage. Je dis « Le vol blanc de la mouette dans le ciel ». Disant ceci, je libère l’oiseau de sa geôle matérielle dense, de sa contingence et le destine à l’espace qui l’accueille, qui n’apparaît en tant que « ciel » à seulement avoir été ceci, un mot. A défaut d’être nommées les choses n’existent pas. L’arche entière du vécu se déploie sous l’irrésistible poussée des mots. Tout ce qui est, ici ou là, sur la terre, dans les eaux, aux confluents des villes, sur le praticable des rues, dans la touffeur dense des chaumières. Ceci veut dire l’immense vertu du dépliement ontologique dont le mot, la phrase, le texte sont porteurs. Ontologie, pourquoi ? Pour la simple venue à la présence de tout ce qui a été nommé. Mot = présence = être. Voilà le constat en forme d’apodicticité qui s’impose à notre conscience si nous visons avec exactitude l’ensemble de l’existant disponible. Cela reviendrait presque à énoncer que toute parole destinée à être entendue par une oreille étrangère devient, d’emblée, performative, accomplissant dans le réel ce qu’elle nomme.
Avant le geste de nomination la mouette ne fait nullement phénomène, abritée en retrait dans quelque pli de la conscience. L’émission du mot, sa qualité de blancheur, sa complexion aérienne, tout naît d’une pensée qui se saisit, d’une bouche qui prononce, d’une main qui écrit. Peut-être le sais-tu, Solveig, depuis le temps déjà lointain de notre rencontre, lorsque ton prénom de « chemin de soleil » s’insinue dans ma tête, voici que tu deviens l’accompagnatrice du jour qui vient, sans délai, avec la douce certitude de quelqu’un qui se sait reconnu. Je ne sais si le phénomène est réversible. Le serait-il et alors je serais à tes côtés dans cette belle Scandinavie semée de froid et de givre. Mais je crois que je m’acclimaterai. Près de toi le chemin est bordé de fleurs. Il monte loin dans la faveur de l’heure, celle-ci, non reproductible est le gage de sa rareté. Prends garde, Sol, à cette pierre devant toi, qu’elle ne te dévie de ton destin, il est si singulier !
En route vers Babel, donc. Je te sais à mes côtés. Tu auras perçu la riche symbolique dont cette œuvre est la mise en scène. On ne saurait demeurer indifférent, sauf la pensée indigente, le parcours consommateur de l’égaré parmi les choses, la dispersion au milieu des allées et venues mondaines. Il y a tant de progressions à l’aveugle, de gestes inauthentiques, de comportements entachés d’approximations. Il faut être immédiatement à l’œuvre comme elle l’est à nous dans ce don, ce pur dévoilement d’un poème en train de se dire.
« Premier pas », nous dit l’artiste. Premier pas en direction de quoi ? Avançons avec elle. Partons du seuil même où se dépose l’écriture. Mais qui est donc ce personnage mystérieux, ce scribe des temps anciens ? Inciserait-il dans la pierre les premiers signes de l’humain ? Sa main tient l’outil qui va décider d’un futur pour l’homme. Sa graphie sera-t-elle semblable aux mystérieux pictogrammes des Sumériens, aux tablettes d’argile de Mésopotamie ? Ceci nous aimons à le penser puisque, aussi bien, le dépôt des lettres, des mots, peut-être d’un texte, s’accomplit aux fondements de la langue que la représentation semble vouloir nous indiquer : on est tout en bas des marches qui conduisent au temps, à l’Histoire en ses initiaux balbutiements. On n’a pas encore gravi les marches. Pas encore entr’ouvert la porte qui conduira à de plus hautes considérations. Aux civilisations qui essaiment le progrès, la connaissance, les visages pluriels de la culture.
Le langage hésite encore, marque le pas, Comment ne le ferait-il pas, n’est-ce pas, Sol ? Cela demande tant de façonnages laborieux, tant d’essais renouvelés. On est, sans doute, encore dans la prose qui se cherche, dans les lettres qui se percutent, dans les ponctuations qui s’enchevêtrent. Cela demande une longue élaboration, cela exige de la patience, de la réflexion, cela appelle la maturité, un temps d’incubation, la mise en jeu d’un métabolisme. Oui, l’on peut parler d’un « corps de la langue », non seulement en tant que manifestation d’un corpus, mais à la manière d’une chair qui doit trouver le chemin de son fleurissement. C’est pour cette raison que cette inflexion est hautement anthropologique, qu’elle ne concerne que les peuples debout qui ont appris à façonner le monde à l’aune de leur intelligence. C’est une lente levée de la conscience, une concrétion qui se dresse à la manière d’une stalagmite. Cela se hisse vers la lumière. Cela attend d’être fécondé par les yeux des Regardants, d’être écouté par les oreilles des Attentifs, d’être porté à son acmé afin que de cette tension résulte un accroissement de signification et ainsi, toujours portée hors de soi dans l’orbe d’un devenir, se laisse saisir la manifestation essentielle dont l’être est le foyer. Ceci est pure beauté qui nous met à distance du rocher, de la plante, de l’animal.
Voici, nous sommes entrés maintenant dans la Citadelle Parlante, dans la Babel qui s’annonce sous les mille bruissements des langues, idiomes et dialectes. Castillan, bengali, népali, malgache, maori, tamoul, tamasheq, sabir, argot, jargon ne sont que les scènes de théâtre sur lesquelles jouent les peuples de la Terre, s’exerce l’esprit des hommes, se donne à entendre leur destin, parfois lumineux, parfois semé d’ombres. Mais les misères, les joies, les peines, les satisfactions, si elles peuvent s’énoncer en rictus, gestes faciaux, mimiques, rien ne saurait mieux les traduire que le langage, fût-il ordinaire, hésitant, glorieux, déclaration d’amour, roman, comptine, ou bien poésie à son plus haut sommet.
Nous continuons notre ascension, dans l’homme-architecture qui n’est que l’architectonique du langage, sa lente élaboration, sa complexité. Ce que tu vas me dire, je le sais déjà : que le visage a l’immobilité d’un marbre, que la bouche est scellée, les lèvres mutiques, le mot absent. Je reconnais là ta belle pertinence, Solveig. Cependant il me semble que quelque chose t’échappe, se soustrait à ta vue, sinon à ton jugement. Ce qui est à considérer, ceci : on est co-originairement présent à l’autre-que-soi, c'est-à-dire toujours déjà en dialogue, toujours en langage. A plus forte raison dans la ruche humaine, cette étonnante Babel qui ne saurait consigner à la mutité, au silence, sauf au « silence-parlant ». Et, ici, il ne s’agit nullement d’une figure de rhétorique, d’un brillant oxymore qui dirait, en un seul empan, la contradiction installée entre quelque chose qui profèrerait et son contraire.
Non. Le silence est réellement parlant. C’est de lui que s’élève la parole, que peut se déployer le discours. Il ne peut en être autrement. Les mots articulés naitraient-ils dans « le bruit et la fureur » que nul ne les entendrait. Toute énonciation est l’exact opposé d’une cacophonie, d’un jet continu de vibrations, d’une projection de billebaudes, d’une effusion de rumeurs. C’est au sein du silence lui-même, que se concentrent les matériaux de la parole, s’édifie ce qui sera prononcé. C’est en son subtil recueillement que le poète amène à la vérité du dire les sons qu’il aura patiemment façonnés en rythmes, en prosodie, en césures, en fragments assemblés qui seront autant de pièces de lui-même qu’il aura livrées aux yeux, aux oreilles de son lecteur. Toute parole naît du silence tout comme les lettres impriment sur la blancheur de la feuille - son silence - les signes qui initieront l’ode, l’élégie, le vers libre. S’inscrire dans l’ordre des choses, c’est nécessairement, pour l’homme, être cet individu doué de parole par laquelle s’ouvre un monde. Souviens-toi, la mouette ne prend son envol qu’à être nommée !
Voilà, nous avons quitté cet énigmatique visage, nous nous élevons de plus en plus haut dans cette Babylone où circulent les mille langues de l’humanité. De plus en plus haut puisque tout langage est nécessairement transcendant aux objets qu’il décrits, il en est l’unique principe fondateur. Mais, ici, il faut tout de suite s’inscrire en faux contre la thèse qui voudrait que la multiplication de ces langues soit la conséquence d’une punition en direction de ceux qui avaient inventé le système de pouvoir dont, maintenant, ils devenaient les victimes. Les classes supérieures détiendraient des secrets qu’ignoreraient les hommes du peuple, condition même de leur aliénation. Cette explication par trop moralisante et simplificatrice doit trouver une plus juste mesure dans une conception bien plus positive de l’acte d’un parler multiple.
En réalité Babel n’abaisse nullement ses habitants à n’être que des individus sur lesquels le destin aurait jeté de bien tristes perspectives. S’engager dans la diversité langagière, bien au contraire, répond au besoin du génie humain de hisser haut le pavillon de sa singularité. L’esprit de la langue se diversifie en autant de groupes humains qui essaiment sur la planète. Et nul besoin d’un espéranto qui unifierait tout en un singulier lexique. Le mérite de la pluralité des langues trouve sans doute sa plus belle fécondité dans l’activité de traduction d’une langue à une autre. Génie des langues calquant le génie des peuples. Traduire est faire l’effort de comprendre l’autre, d’assimiler sa culture, ses modes de pensée. La traduction implique l’altérité, la requiert en tant que son indispensable complément. Peut-être est-elle le meilleur gage d’une fraternité en acte.
Me suis-tu toujours ? Voilà, nous accomplissons nos derniers pas. Nous longeons la coursive qui monte en diagonale vers le sommet. Et toujours cette belle lueur rouge qui tapisse l’intérieur comme si elle voulait dire la présence du ciel si proche, son rougeoiement qui est, sans doute, l’éclair de sa passion. Pourquoi donc le céleste ne serait-il atteint de cette frénésie typiquement humaine, lui qui tutoie les éclairs, songe sous la pesée du foudre de Zeus ? Oui, nous avons oublié les dieux mais ne les avons nullement contraints au silence. Toujours leurs voix tonnent dont nous ne comprenons plus le sens, nous les hommes d’aujourd’hui qui divaguons sur les chemins du monde à la manière des chemineaux, un jour un chemin, le lendemain un autre et jamais de confluence, de rassemblement qui dirait notre présence sise en un lieu, un temps qui nous deviennent enfin perceptibles. Un seul mot suffirait qui dirait l’homme, tous les hommes et une étoile brillerait au firmament dont nous ferions notre orient le plus reconnu, le seul qui soit vraiment.
La falaise du front qui est censée abriter les pensées, que libère-t-elle qui emprunte ce chemin escarpé ? Simplement l’écume de quelques réflexions ? Des volutes d’imaginaire ? Ou bien sa gradation serait-elle celle qui conduirait à une possible « archéologie de l’âme » ? L’artiste, une fois de plus, nous indique le chemin. Evidence d’une synthèse à assurer. Il faut se décider à écrire une équation qui assemblerait en un même lieu, trois entités non seulement indissociables mais équivalentes :

Âme = Langage = Être

Non une formule magique, une façon d’incantation, une prière mais la condensation de ce qui est dans un pas qui serait vraiment premier avant que nous n’ayons entrepris le saut dans le futur. « Le langage est la maison de l’être », nous assurait le philosophe du fond de sa sagesse. Sans doute avait-il raison. La preuve : ôtez à l’humain le langage, que demeure-t-il de son être, de son âme, sinon une entière vacuité - elle n’est pas le silence -, se précipitant dans l’abîme du néant ? Un homme qui ne parle plus est celui qui, précisément à embrassé le vide, a reconnu la mort pour son originelle puissance. Un vivant, fût-il aphasique, possède plus de langage que l’entièreté du règne animal rassemblé. Utiliser l’expression de « langage des animaux » n’est, tout au plus, qu’une aimable métaphore qui confond cri et langage, autrement dit une manifestation anatomo-physiologique avec une essence strictement humaine. Tu en conviendras, le raccourci assimilant mécanisme et fonction fondatrice d’un destin ne mérite que d’être vite oublié. « L’âme » animale requiert, de toute évidence, un autre schème explicatif. Bien plus primaire, tu me l’accorderas.
Nous voici donc parvenus tout en haut de cette demeure babélienne dont une tour couronne le sommet. Alors, Sol, comment mieux honorer ce bel édifice qu’en lui adjoignant en écho, en sa partie la plus élevée, la Tour de Montaigne ? (Tu remarqueras combien sa ressemblance avec l’œuvre peinte est troublante). En réalité c’est comme si l’on plaçait, au sommet d’une montagne, peut-être utopique, l’emblème de l’humanisme, lequel a son évident pivot dans le langage, le bel usage des lettres, le raffinement de la culture.



La tour de garde du château
de Montaigne
Source : Forum des savoirs
Alors je t’offre ce mince morceau d’anthologie tiré des « Essais ». Tu remarqueras, j’y ai accentué quelques mots en gras. Ils sont les correspondances visuelles de l’œuvre peinte.
« Chez moi, je me détourne un peu plus souvent à ma librairie […] Là je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues : Tantôt je rêve, tantôt j’enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voici. Elle est au troisième étage d’une tour. […] Je passe là et la plupart des jours de ma vie, et la plupart des heures du jour. Je n’y suis jamais la nuit. « […] si je ne craignais non plus le soin que la dépense […] j’y pourrais facilement coudre à chaque côté une galerie de cent pas de long, et douze de large, à plain pied […] Tout lieu retiré requiert un promenoir. Mes pensées dorment, si je les assis. »
Tu vois, Solveig, c’est un peu la figure de Montaigne-écrivant (certes d’un Montaigne d’une certaine modernité, je te l’accorde, encore que le visage représenté semble prendre racine dans une manière d’universel), qui se trace en filigrane de l’œuvre. Non seulement on y retrouve la même disposition architecturale, mais aussi, mais surtout cette vision songeuse, appliquée qui « enregistre et dicte » inlassablement ses mots dans les pages qui ne seront, sans doute, qu’une « archéologie de la mémoire ». Et puis ce promenoir, n’est-il pas l’anticipation, par-delà le temps, de ce « premier pas » qui n’est que le chemin à parcourir afin que la moderne Babel résonne d’échos humains plus qu’humains. Notre époque en est parfois si dépourvue !
Voilà de quoi meubler ta prochaine nuit si elle devait être teintée d’insomnie. Pour moi, elle sera courte. Le jour pointe déjà. Les ombres déclinent dans ma tour. Le ciel, tout à l’heure, aura-t-il cette couleur de braise éteinte du tableau ? A savoir ?


Jean-Paul Vialard (FR) - février 2018


Subduction et Séduction - de KRISTIAN CASSINI - Annecy (FR) 2009


Subduction et Séduction

Pour s’orienter dans l’univers de Livia Alessandrini, nul besoin de boussole azimuthée, de Global Positioning System (GPS), ni même de guide patenté encordé aux cimaises de l’Art. Il suffit de se laisser dériver et de dévider le fil d’Ariane dans les catacombilicales galeries ruisselantes d’une mémoire amniotique. Nous pénétrons alors dans les failles d’un réel énigmagmatique où de pétrifiantes cités plongées dans un sommeil métamorphique auraient toujours existé depuis l’ennui des temps. L’auteure de L’Archeologia dell’Anima, dans sa démarche picturale se pose en démiurge et convoque pour présider à son œuvre la divinité égyptienne Noun, l’océan primordial, qui fait la vie et qui fera la mort. Son travail évoque le phénomène tectonique de subduction, processus d’enfoncement de la plaque océanique sous la plaque continentale. C’est ce subtil glissando ma non troppo du réel vers l’imaginaire qui anime l’artiste sur sa vague océane et dont l’écume créatrice nous émoustille le cortex. Et le vieux continent reste figé, crispé sur ses austères aspérités de schistes et de gneiss tandis que nous remontons des fleuves fantaStyx aux reflets pigmentés d’utopie. Subduction et Séduction réunis par la même filiation latine forment alors un couple lexical exemplaire pour donner à l’œuvre de Livia Alessandrini toute sa légitimité et sa vigueur.

Kristian Cassini – août 2009 - Annecy (FR)


catalogo di *PERCORSI, mostra personale a Quistello (MN)


Copertina del catalogo


Testimonianza - MARCELLA ADINOLFI - Suzzara (MN) 2000


E' stato forse come vedersi riflessi , un rientrare nel conosciuto e sconosciuto paesaggio della propria anima … questo è stato l'invito a visitare i "percorsi" in esposizione a Quistello.
Niente di più consono alla mia indole quanto i labirintici itinerari delle vedute cittadine inerpicate sulla antica pietra che porta i segni del tempo, delle epoche passate, squarcio di una vita interiore profonda vissuta nella continua e altalenante ricerca di un io "diviso" aperto a tutte le possibili direzioni, smarrito, forse stupito, ma sempre e in ogni caso rassicurato dalla costante e ricorrente presenza di paesaggi familiari in cui si celebrano i ciclici rituali della vita.
Questo è quanto suggeriscono, sarebbe meglio dire sussurrano le mute seppure così eloquenti opere visitate nel pomeriggio alla pinacoteca civica, ricche in suggestioni di affascinanti culture arcaiche e misteriose e al tempo stesso improntate alla modernità e alle problematiche della nostra epoca.
Un uomo-pietra, un uomo muto, un uomo-maschera, un uomo senza volto quasi in balia di una corrente umana senza identità, le sue ossessioni, le sue angoscie, la lotta cruenta nell'arena del mondo, il passato, il presente, il futuro, la speranza di una nuova "arca".
Un punto di vista strettamente personale come l'empatia creatasi con le opere, la cui tecnica e i cui colori, le sfumature del grigio in particolare, mi paiono splendidi.
Spero di non essere andata oltre… e, se anche così fosse, non è forse questo il fine ultimo ? Comunicare nel profondo ?
di Marcella Adinolfi – Suzzara (MN) 2000


LUDI CIRCENSES, sur magazine *ProJect* (GR)


Article en grec avec photos de la série LUDI CIRCENSES


El duende - CHETRO DE CAROLIS - Roma 1998


°
Quadri materici. Materie fangose. Livia Alessandrini aggiunge il piacere del tatto - premere le mani sulla tela - all’esperienza visiva. Materie fangose. Premere, affondare. Penetrare in questo limo di cenere (mistero), inabissandosi nel senso del quadro.

Sensazione della forza della Materia (inesauribile) mista alla percezione della forza dell’Uomo (miracolosa). L’Uomo è colto nel momento della presa di coscienza (epifania) della sua forza fisica e intellettuale:




• forza intellettuale

-El duende -

ispirazione
dell’artista,
previsione
della
creazione
dell'opera



• forza fisica - La sfida (traje de luz) - Natura attende - minaccia - attende
La Sfida
Egli guarda (con toda su muerte a cuestas?). Può agire. Agirà
- atto soprannaturale - (l’unico che ha a sua disposizione)
Visione dell’atto (Artfices). Visioni.

Egli può elevarsi.

Livia Alessandrini evoca - segni incompiuti: cosa diventeranno?
- materia mutabile: si agiterà?
Cosa farà Uomo?
si alza il sipario: Uomo nel momento più alto del suo essere -tragedia - momento della sua possibilità - tragedia! - presente carico di futuro (presente tragico, ormai eternamente presente): tutto è nella possibilità di essere, ma ancora non è: TRAGEDIA!

Memoria Aperta.
Tutto è accaduto.
Hela la luna que viene
...per non far vedere...


Chetro De Carolis


DAFNE, su rivista d'arte Goya


articolo di


Alessandrini e Quistello tra passioni e ricordi - CRISTINA DEL PIANO- Mantova 2000


Alessandrini e Quistello tra passioni e ricordi

Terra, sassi e miti per raccontare la vita, il sogno e il volto di mille paesi. Livia Alessandrini con i suoi quadri materici, dà voce al suo mondo interiore e riesce ad esprimere passionalità e coinvolgimento pur non usando quasi i colori. I suoi grigi, il nero e il bianco infatti hanno in sé una forza ed una vitalità rara. “Portami un fiore a Quistello” le aveva detto il padre in punto di morte: Lei é tornata con i suoi quadri, “fiori” per lui preziosissimi, e ora in mostra nelle sale della Pinacoteca.
Figlia dell’ambasciatore Adolfo, che ancora oggi a Quistello ricordano tutti, Livia Alessandrini é vissuta spostandosi da Beirut ad Atene passando per Parigi, Madrid e altri paesi per fermarsi poi a Roma dove vive tutt’ora. Proprio gli scorci, i profumi e le atmosfere delle città dove ha trascorso momenti diversi di vita hanno trovato spazio nelle sue opere. A Quistello l’artista ha riunito sessanta lavori tra dipinti e disegni che racccontano molto della sua carriera (in mostra fino al sedici luglio). Ci sono i temi fondamentali : L’uovo, simbolo universale di vita, il torero che sfida il destino, il teatro, la terra e la scultura classica. “Ho riunito le tematiche a me piu’ care in questa mostra - conferma Livia Alessandrini - la vitalità sanguigna e le emozioni forti della Spagna cosi come i simboli della vita e del declino. Non amo i colori forti e mi affascinano invece le tinte evanescenti: Mi piace affondare il pennello tra la ruvidezza e l’asperità della materia perché penso che per fermare il pensiero sia necessario pietrificare la forma del volume. Solo cosi per me il ricordo e la memoria rimangono sulla tela”. Sabbia, sassolini e colore acrilico diventano cosi per Livia Alessandrini il composto materico che darà corpo a un sogno, a un’emozione. Come nell’opera “En el teatro español” dove tutti i suoi temi si fondono con impressionante equilibrio. Le opere sembrano uscire dallo strato pastoso per inseguire l’idea che l’artista ha bene in mente e che modificherà via via. Nascono cosi questi dipinti che pare abbiano attraversato il sogno e la storia dell’esistenza umana in genere. Cosi come il legame con le radici e la storia hanno riportato Livia Alessandrini a Quistello.
“Ho sempre sentito questo legame con Mantova - conclude l’artista - Mio padre é nato a Suzzara e ha vissuto a Quistello dove riposa tutt’ora. Pur avendo girato il mondo non ha mai scordato le sue radici e questo, come l’amore per l’arte, é riuscito a trasmetterlo anche a me”.

Cristina del Piano – Mantova 2000


Catalogo Galleria Premio Suzzara-2001


Piccolo testo presentazione "Archeologia dell'anima" (1998), quadro da me donato al Comune di Suzzara


Melodies de silence et de sable - MIREILLE SCHNORF-Montreux2004


Toiles de Livia Alessandrini au Temple Saint Vincent de Montreux ^


Artiste cosmopolite, Livia Alessandrini s'est installée à Villeneuve, venant de Rome, et a exposé à Vevey et Montreux. Les toiles présentées à Saint Vincent s'harmonisent particulièrement bien, par leur tons grisés et ocre, avec les vieilles pierres. Le rêve, les symboles et les tropismes spirituels ont une part essentielle dans son œuvre.
Le thème de la ville onirique, orientale et antique suggère la succession des civilisations par stratification entre des murs ébréchés. Les coupoles, minarets et colonnades grecques se profilent dans un souvenir grisé et ocre. Variante médiévale de Babel, une ville en colimaçon, dresse ses tours et ses murailles aux béances endormies, puis dans une autre toile, sombre dans des flots tumultueux au son d'un violoncelle. On songe à la " cathédrale engloutie " de Debussy, à la ville d'Ys ou à quelque rêverie borgésienne.
L'archéologie des civilisations ou de la mémoire humaine fascine aussi l'artiste qui traite, par une matière composite de sables et de pigments, certaines de ses toiles comme des parchemins ou des fragments de murs. S'y esquissent le visage à demi-effacé et les doits d'une flûtiste, une violoniste flottant dans une nébulosité irisée. Deux antiques statues mutilées renouent un dialogue millénaire et à l'extrême pointe d'une corniche, la " Sagesse orientale " est coiffée de lumière.
En écho à l'orgue jouée chaque semaine, une ville, labyrinthe de claviers en escaliers et de murailles de tuyaux, résonne sous les doigts du musicien. Le labyrinthe mythique apparaît aussi, taillé par l'homme pour se perdre indéfiniment. L'œuvre grave et silencieuse de Livia Alessandrini invite au voyage intérieur, dans le dédale des rituels et des mémoires incertaines.

Mireille Schnorf

(LA PRESSE RIVIERA- 27 juillet 2004


articolo su *Mondo barca


febbraio 1993
articolo di Anna Addamiano


Le silence du temps - CHETRO DE CAROLIS - Roma 2003


Le silence du temps ^


Vous regardez les dernières toiles de Livia Alessandrini et ce qui les rend si reconnaissables et qui vous frappe en premier c'est sa technique originale (résultat d'années de recherche et de perfectionnement). Celle-ci se caractérise par la consistance de la matière, longuement travaillée, où se pose "un méticuleux et attentif dessin pictural au pinceau ou à la spatule pour faire sortir les ombres et les formes", comme elle le dit elle-même. Mais chez Livia Alessandrini la forme et la matière sont indissociables, l'une paraissant l'intérieur de l'autre. Voilà ce qui vous arrive lorsque vous cherchez à vous concentrer sur la forme: c'est tout d'abord le silence. Un silence vous enveloppe, profond, absolu, et lentement vous vous plongez dans les éléments, les éléments froids, et vous participez avec l'eau, surtout, et avec la pierre ; et la matière, 'bachelardiennement', provoque en vous la rêverie. Tout à coup, vous voyez le sens d'une peinture qui creuse le fond de l'être, qui saisit les moments les plus élevés de la conscience humaine, les instants rares où le côté divin de l'homme et son extrême fragilité se touchent et où l'homme même - le peintre, le personnage représenté et vous-mêmes qui observez - en a une révélation. Et vous vous perdez alors dans les labyrinthes des symboles, de la matière et de vos réflexions qu'ils ont provoquées. Cet homme, élaborant tout seul les labyrinthes dans lesquels il va sans doute se perdre, vous reflète, précairement suspendus au fil du dédale de vos constructions mentales, sur un fond de dense matière cérébrale. La puissance et la fragilité coïncident. C'est le temps qui fait la différence. Il s'abîme dans la série des Seigneurs du temps, créant des profondeurs physiques et métaphysiques vertigineuses qui vous absorbent complètement. Ou bien il se manifeste ironiquement par les ruines des superbes architectures humaines, encore labyrinthiques, un peu borgésiennes, et de l'homme qui s'y est incorporé de manière symbiotique (l'homme cherche en vain à s'opposer au temps par une prolificité d'œufs flottants, volants, surtout désacralisants, qui ne peuvent que couler d'eux-mêmes, irrémédiablement, dans le vertige temporel). Mais il y a aussi le temps de la mémoire qui imprègne la série des Archéologies, où dans la coexistence d'éléments architecturaux gréco-romains, orientaux, mais aussi nordiques, se révèlent des fragments autobiographiques d'un peintre à la culture si composite (ayant vécu au Liban, en Grèce, en France, en Espagne, en Italie et évidemment en Suisse, à Berne, à Montreux, où sa famille, creuset de sangs divers, se réunissait toujours).
Tout cela n'est que suggéré, jamais tapageusement exhibé; Livia Alessandrini laisse la possibilité de lectures personnelles, de diverses interprétations de son œuvre.


Chetro De Carolis - Roma 2003


texte de Cyril Berthault Jacquier


Bruxelles, octobre 2007


Percorsi - CECILIA RIBALDI - Roma 2000


Percorsi
di Cecilia Ribaldi


Su una ruvida superficie di terra e di sassi Livia Alessandrini, con incredibile energia, affronta la sua lotta per la creazione, e affonda il pennello tra le asperità della materia, cercando il suo duende.
Dal surrealismo eredita il superamento della scissione critica tra il sogno e la realtà, e con una grande onda emotiva proietta sullo schermo del quadro il suo mondo interiore.
Dall'eterno confronto dialettico di cultura e natura, fisicità e razionalità, scaturiscono le sue immagini di sogni e di incubi, di passioni e ossessioni.
Attraverso le chine, fino ai suoi ultimi grandi quadri materici, si percorre nelle sue opere un itinerario coerente e ricco di fascino.
Dalla caduta di Lucifero sulla terra, ha inizio il cammino dell'uomo che tenta di liberarsi dal vincolo terreno e di ascendere al cielo. Durante la sua vita apprende il linguaggio per comunicare, impara a costruire città, istituisce riti religiosi e codici di comportamento, ma il percorso di risalita è arduo, elevatissimo è il rischio di perdersi in una foresta incantata o in un labirinto. Il tempo scandisce il ritmo, il vino suscita ebbrezza e le passioni sono in agguato, Dafne preferisce essere trasformata in alloro, tornare natura, piuttosto che essere frantumata da un'oscura forza divina.
Ma la vita senza passione è solo una rappresentazione di maschere senza vita.
Evviva allora la passionalità del matador e la leggerezza del vento che gonfia una sinfonia di vele.
Ma quale mistero nasconde la presenza di uova nei suoi quadri?
L'uovo è un simbolo universale di energia vitale nel quale la vita è espressa in potenza ma anche immagine e modello di totalità.
Come il monolite del film di Kubrick 2001 Odissea nello spazio, l'uovo è presente in ogni fase della vita come ricordo e risposta alla primordiale domanda di conoscenza, la ricerca dell'elemento di origine, e allo stesso tempo come potenzialità di conoscenze da scoprire o forse da recuperare nella memoria.
Il quadro più misterioso è Toros, dove un gruppo minaccioso di tori circondato da uova ci volge le spalle in attesa di un evento.
La pittura di Livia Alessandrini è tutto questo,un percorso onirico nella storia dell'uomo , realizzata con una pittura fortemente materica o attraverso una raffinata tecnica trasforma tutto quello che tocca in pietra.
Gli elementi con i quali costruisce i sui discorsi sono i simboli universali dell'inconscio e la scelta di determinati temi:
La Spagna, luogo mitico di forti passioni, di una vitalità sanguigna ed estrema, dove il binomio amore e morte trova il terreno più favorevole nella forma rituale dello scontro fisico dell'uomo con il toro; il duende, che raggiunge i suoi accenti più impressionanti nella corrida perchè "il torero morso dal duende dà una lezione di musica pitagorica e fa dimenticare che sta costantemente buttando il cuore sulle corna... non si tratta di capacità, ma di autentico stile vivo; cioè di sangue; di cultura antichissima, e al tempo stesso, di creazione in atto" (Garcia Lorca, Teoria e gioco del duende); le architetture, spesso uniche tracce del passaggio dell'uomo e della presenza di una storia, palcoscenico di un'esistenza vissuta in sordina e zavorra alla liberazione dell'istinto.
Poi il teatro, metafora della vita, in un eterno scambio di realtà e finzione; infine la barca, simbolo della traversata della vita, del passaggio effimero dell'anima sulla terra, inizio e fine del viaggio.

Roma 2000


EXPOSITIONS EN SOLO


Expositions personnelles

-1988– Galerie Tobago-Montreux-CH
-1989– Galerie Tobago-Montreux-CH
-1991 –Galleria Exante-Roma-I
-1991 –"Memorie di pietra" à Il seme-Roma-I
-1995 – "Simboli ed inquietudini" à Il seme-Roma-I
-1996 –“TEMPO E SAPERE” à la Libreria Borghese-Roma-I
-1998 –“ARCHEOLOGIA DELL’ANIMA” à Il seme Roma-I
-2000 –“PERCORSI” à la Pinacoteca Comunale-Quistello-I
-2000 –“PERCORSI” au Proloco Dino Villani-Suzzara-I
-2001 –“BIBLIOTHECA” à la Galerie Riviera-Montreux.CH
-2002- « Bibliotheca » Librarie Les yeux fertiles- Lausanne-CH
-2003- «Bibliotheca » à Espace Janam-Pully-CH
-2002– “Lost windows” à la Galerie Riviera Montreux-CH
-2004 - au Temple Saint Vincent, Montreux
-2004- “Bibliotheca” à la Librairie d’Octodure- Martigny- CH
-2005- “Hors du cadre” à la Librairie d’Octodure-Martigny-CH
-2006- “Animi motus” au Château de la Porte du Scez-Vouvry-CH
-2006- “Animi motus” (dessins) à la Bibliothèque de Vouvry-CH

..................


journal *LA PRESSE


article de Mireille Callu Schnorf, Montreux 2004


Expos Collective (Listing)


1975-1986 plusieurs expo collectives dans différentes galeries et espaces publiques à Roma

1988 mars- Centro Culturale Banca d’Italia- “Quando il segno crea” ROMA (I)

1991 mars- Palazzo dei Congressi- “ARTEROMA” ROMA (I)

1991 mai- Galleria ExAnte-“Décor fantastique” ROMA (I)

1992 novembre- Biblioteca Comunale- “Bibliotheca” ROMA (I) (art appliquée)

1992 décembre-Galleria ExAnte- “Legni” ROMA (I)

1993 décembre-Galleria ExAnte- “Pietra eterna” ROMA (I)

1994 décembre- Banca del Lavoro per Teleton- “Memorie di pietra” ROMA (I)

1994 décembre- Galleria ExAnte- “Teatri” ROMA (I)

1996 Museo Aeronautico- “Angeli” TRENTO (I)

1999 mai- Feria Internacional de Arte Moderno- GRANADA (E)

1999 décembre- Banca del lavoro per Teleton- “Roma” ROMA (I)

2000 septembre- Pinacoteca Comunale-“Collezione della Pinacoteca” QUISTELLO-MN (I)

2003 novembre– Galleria della Libreria Odradek- “Bibliotheca” ROMA (I) (art appliquée)

2004 août- Galerie de la Libraire Riviera – MONTREUX-VD (CH)

2005 février- SS.Quirico e Giuditta ai Fori Imperiali- “MaremotoArte” ROMA (I)

2005 mars- Magazzini del sale-“Metropolitana’57” CERVIA (RAVENNA) I

2005 mai- “Metropolitana’57” RAVENNA (I)

2006 septembre- « Concours étiquette de vin : Le vin au féminin » avec « Musa » GRANDVAUX-VD (CH)

2006 novembre- Spazio-Studio smc_artecontemporanea- “Open Gallery” RAVENNA (I)

2007 mai- Galerie En Beauregard BLONAY-VD (CH)

2007 juin- Concours Galerie En Beauregard, avec la série « Global warming » BLONAY-VD (CH)

2007 juin – “Ventiperventi” con “I giochi del duende” - Associazione LINEADARTE- NAPOLI (I)

2007 septembre- Concours étiquette de vin “La vigne et son bestiaire” avec “Vol” GRANDVAUX (CH)

2007 novembre – Foire Galeries Art Contemp. MAG (stand Gal.Enbeauregard) – MONTREUX (CH)

2008 juin- “Ventiperventi” con “I giochi del duende” - Associazione LINEADARTE - NAPOLI (I)

2008 sept.- Concours étiq.de vin “Fleuve:sources de vie-sources de vin” avec “Source” GRANDVAUX(CH)

2008 novembre- Foire Galeries Art Contemp. MAG (stand Gal.Portobello) - MONTREUX (CH)

2008 décembre- Commune de Villeneuve (Fondation Berger ) - VILLENEUVE (CH)


BIOGRAPHIE et TEMOIGNAGES


*

BIOGRAPHIE

1945 naissance à Berne (Suisse)
1946-49 Beyrouth (Liban)
1949-54 Athènes (Grèce)
1954-57 Paris (France)
1958 Rome (Italie)
1959-67 Paris (France)
1963-64 Madrid (Espagne)
1967-68 Montreux (Suisse) et Verone (Italie)
1969-2001 Rome (Italie)
dès 2002 Villeneuve (Suisse)

*
Livia Alessandrini naît à Berne en Suisse en 1945. Fille et petite fille de diplomates, d'origine italienne par son père, anglo-espagnole par sa mère, allemande et française par ses ancêtres, elle grandit dans une famille multiculturelle.

L'artiste passe son adolescence à Paris, ce qui constitue une base importante pour toute sa formation. Elle prend des cours de dessin au Lycée Italien à Paris avec le Professeur Tullio Crali, peintre futuriste italien, suit des études d' Interprétariat à la Sorbonne, puis d' Histoire de l' Art à l’Ecole du Louvre. Autodidacte en peinture qu’elle exerce depuis 1964, au début influencée par sa passion pour les oeuvres de Carzou, Vieira da Silva, Buffet, Gandner, et Giacometti, elle suit de près et avec grand intérêt les galeries d’art, les musées et surtout les ateliers des peintres qu’elle connaît. Théâtre, lecture, musique et danse sont les meilleures inspirations, sans oublier son amour pour la nature.

Le fait de vivre dans différents pays lui permet de développer une attention particulière envers ce qu’elle appelle « le musée de l’âme », où elle conserve émotions, mélancolies, lectures, parfums, mémoires et images qui viennent souvent se placer dans ses créations. Les cariatides se croisent avec le toro andaluz, les gris et la poésie des façades et des rues parisiennes se mêlent au murmure sourd du « duende », le ciel de Rome enveloppe livres et labyrinthes, alors qu’un « sense of humour » britannique clignote dans les jeux inter-textuels de son obsession préférée : « Egg-oh !-mania », série d’œuvres toutes centrées sur l’œuf et son symbolisme. Livia Alessandrini n’aime pas les couleurs, elle préfère les gris, les noirs, les terres, mais il lui arrive de se laisser aller aux rouges et aux jaunes uniquement quand « el duende » vient la réveiller ! Sa peinture n’est pas légère comme l’exige notre électronique « présent virtuel » , mais, comme elle-même le dit : « plus ma peinture est matériellement à l’opposé de la légèreté et donc lourde à travailler, tel que peindre sur un mur brut, plus elle répond à ma quête : placer l’ Absolu en tant que granit et terre dans la liquidité que nous sommes, pour ne jamais en perdre le concept ». D’où la représentation de symboles hiératiques et lointains, immobiles dans leur forme, éternels dans leur message, peints et racontés dans la recherche du respect de la beauté et de la vérité, dans une épaisseur raclée au tact, sans jamais glisser dans le figuratif facile.

Livia Alessandrini a dessiné et collaboré pendant trois ans dans l’ancien Atelier de Vitraux d’Art GIULIANI à Rome. Elle compte plus de cinquante expositions personnelles et collectives. Sa peinture dont la texture est très travaillée se révèle à la fois métaphysique et symboliste. Après avoir vécu trente années à Rome elle réside actuellement à Villeneuve (CH) sur les rives du lac Léman, peignant dans son huitième atelier.
S.H.G. (Washington 1990/2007/2010)

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quelques TEMOIGNAGES


... , GIACOMO PORZANO , CARLO BELLI , S.H.G. , CHRISTIAN GUHL , STEPHEN GRANT , PHILIP VISSON , CHARLES BERDOZ , DERNA QUEREL , PAOLA WATTS , NATALIA POGGI , CARLA URBAN , PIER AUGUSTO BRECCIA , IRENE PEDRINI , PAOLA PISA , CECILIA RIBALDI , LUDOVICO PRATESI , ORIETTA CICCHINELLI , ANNA ADDAMIANO , TITTI DANESE , VITO APULEO , LINDA DE SANCTIS , GERMANA CONSALVI , CHETRO DE CAROLIS , MATTIA TORRE , IGNACIO HENARES CUELLAR , JESUS ARIAS , GEMA MUÑOZ , LUCIA RE RIBALDI , ENRICO BISTAZZONI - ENZO GEMELLI - FRANCO RUBERTI – ENZO CAPISANI - CRISTINA DEL PIANO - ANNA BONINI , NARDINO BOTTAZZI , AZEGLIO BERTONI , MARCELLA ADINOLFI , PAOLA CORTESE , GISELE SALVI , KARIN DI MATTEO , MADDALENA CIALDELLA , ELENA MONTANARI , JEAN COSSETTO , MIREILLE SCHNORF , ANE METTE RUGE , BRIGITTE LENOIR , DELPHINE VOLLUZ POUGET , LEOPOLDO GARCIA CASTELLANOS , MICHELE SATO , CYRIL BERTHAULT-JACQUIER , JEAN-MARC THEYTAZ , VENUS KOULOURIDOU , MARIA NIKIFOROVA , KRISTIAN CASSINI , ANGELO FAVARO , ...


QUEL CHEMIN


petit "sketchbook" avec des croquis sur le thème de la recherche sur comment peindre les montagnes (technique, émotions, spiritualité, mort...)


Icaro - CYRIL BERTHAULT-JACQUIER - Bruxelles 2007


Ma maison n’était plus la même. Les meubles étaient différents. Je m’éveillais à une ville inconnue. Il n’y avait pas un bruit. J’ai regardé par les fenêtres, je ne vis personne. Sur une petite table de cuisine, il y avait un panier de figues, une bouteille de lait et du pain. Dans le salon, un livre d’un auteur japonais que je ne connaissais pas.

Je suis sortie sur le pas de la porte. C’était une ville blanche, un village serait plus juste, construit sur une colline. Il n’y avait pas de voitures. Les ruelles semblaient terriblement sinueuses. Il faisait beau, le soleil très en haut chauffait la pierre. A quelle saison étions-nous ? A quel continent respirait-on ? Je n’étais pas inquiète, j’étais simplement curieuse.

J’ai fait le tour de ma nouvelle demeure. Elle était modeste mais confortable. Je me suis refusée à toute question.

A l’arrière, se trouvait une grande pièce bien éclairée. J’y ai retrouvé mon vieux chevalet, mes pinceaux et mes brosses, des châssis et quelques pigments. Je n’avais à ce moment là pas l’envie de peindre. Qu’aurai-je pu esquisser sur la toile ? Les rêves sont difficiles à transcrire et de plus je ne rêvais pas puisque j’étais en vie.

J’ai passé là plusieurs jours à lire le livre de l’auteur japonais sans oser sortir de peur de me perdre. Le soir, je prenais mon repas devant la maison, je regardais les étoiles et le ciel, cherchais un indice jusqu’à ce que le sommeil me tombe dessus.

Au lendemain matin du quatrième jour, je me suis décidée à comprendre. Je suis allée dans l’atelier, me suis munie d’une large brosse et d’un pot de peinture rouge. A chaque cent pas, je traçais une croix qui m’aiderait à retrouver mon chemin.

J’ai aperçu d’autres femmes aux fenêtres des maisons. Toutes me saluèrent en souriant. Je n’ai pas entendu le son de leur voix. J’ai continué ma route, grimpant de ci de là, laissant au hasard le choix de mes pas. A un moment, j’eus l’impression, alors que le soleil était à son zénith, que jamais je ne parviendrai en haut de la colline. Pourtant l’air était de plus en plus frais, une brise marine aux senteurs d’héliotrope et de cédrat caressait mon cou.

A la deux cent troisième croix, j’étais arrivée au sommet. C’était une île. La mer s’étendait à perte de vue, belle surface lisse où l’horizon se conjugue avec le ciel. Je me suis assise en contemplant l’infini. J’ai laissé aller les larmes sans songer à les retenir. J’étais sereine et heureuse.

Je suis redescendue en gambadant et en fredonnant une vielle chanson italienne de mon enfance. Sur la table de cuisine, un panier plein m’attendait. J’ai mangé une figue, bu du lait et suis allée dans l’atelier.

J’ai peint toute la nuit, comme une folle, absente de moi-même, mélangeant les couches de couleurs et les glacis.

A l’aube, le portrait d’Icare était terminé. Il avait les ailes brisées.



Cyril Berthault-Jacquier, Bruxelles, Octobre 2007.


*Gazzetta di Mantova


intervista di Cristina del Piano
Mantova 2000


Créé avec Artmajeur